Navigation dans le siteLien vers les pages de liens utilesLien vers les pages pour comprendre le vieillissementLien vers les pages d'actualitéLien vers les pages pour bien vieillirLien vers les pages de l'aide sociale, juridique et financiereLien vers les pages de présentation de l'IRIPS
pixel vide
fleche
pixel vide accueil >> Bien vieillir >> Les freins à la prise en charge >> Les représentations sociales des maladies psychiques
pixel vide
Les représentations sociales des maladies psychiques

La société véhicule un certain nombre d’images des maladies psychiques, assimilées à la « folie », datant de temps souvent anciens. Ces préjugés influencent la façon dont chacun se représente ces troubles, au travers également de sa propre histoire : les malades eux-mêmes, leur entourage, les personnes ayant un contact occasionnel avec eux, et plus encore ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de les côtoyer.

« Folie » et « normalité »

Les troubles psychiques sont encore largement vus à travers les représentations traditionnelles de la « débilité » ou de la « folie » : les maladies sont perçues comme une fatalité sans recours, les patients considérés comme systématiquement dangereux, une déficience intellectuelle leur est souvent associée, la thématique de l’enfermement reste très présente… Le rejet et la peur devant des personnes perçues comme anormales restent largement répandus, même si la distinction entre le normal et le pathologique n’est pas toujours aussi tranchée dans le domaine de la psychiatrie.

En présence de comportements atypiques, considérés comme anormaux, le patient et sa famille, eux-mêmes imprégnés de ces représentations, ont tendance à vouloir préserver leur image d’eux-mêmes. Des symptômes modérés ou intermittents facilitent un déni de la maladie qui vise à protéger son identité.

La persistance de ces stéréotypes accroît donc la difficulté pour les patients et leurs familles d’accepter la réalité des troubles, et retarde ou empêche le recours à une prise en charge médicale.

La déficience intellectuelle

L’image du « débile », de l’ « idiot du village » est un stéréotype vivace qui imprègne parfois la représentation des personnes souffrant de troubles psychiques. Son manque d’autonomie, son impossibilité à mener une vie normale ne l’empêchaient pas d’être intégré dans certaines sociétés traditionnelles : il pouvait être relativement bien toléré et pris en charge par la collectivité, en assumant des petits travaux à sa portée. Dans nos cultures où l’individualisme et la performance sont des valeurs dominantes, les patients seraient condamnés à être un poids pour leur famille et la société, sans espoir d’intégration sociale ou professionnelle.

De nombreux troubles mentaux ne sont pourtant pas associés à une déficience intellectuelle. Quelques exemples ont été largement médiatisés : certains autistes qui possèdent des capacités intellectuelles hors du commun, même si elles sont généralement cantonnées à des domaines très précis (mathématiques, musique, capacités de mémorisation…) ; quelques artistes majeurs, tel Van Gogh ou Antonin Artaud, souffrant de troubles graves. Des images « positives » de la folie, associées au génie ou à des dons hors du commun, peuvent ainsi exister, mais ne concernent que des cas exceptionnels.

Pourtant, de nombreuses personnes souffrant de troubles psychiques possèdent des capacités intellectuelles normales, voire supérieures à la moyenne. Leurs difficultés d’intégration sociale souvent réelles relèvent de problèmes de comportement, notamment l’instabilité. L’entourage familial est alors souvent le seul recours pour ces patients, au prix de grandes difficultés.

Cependant, l’exercice d’une activité professionnelle normale reste possible dans le cas de certaines pathologies bien prises en charge (comme les psychoses maniaco-dépressives), ou lors de phases de la maladie où les troubles ne sont pas trop handicapants. Dans d’autres cas, des activités adaptées permettront aux patients un investissement dans des tâches à leur portée, favorisant leur mieux-être et leur intégration en collectivité. Une prise en charge efficace et le recours à des structures adaptées peuvent ainsi alléger considérablement la charge des familles.

La peur de l’autre

Les troubles mentaux interrogent chacun, de façon plus ou moins consciente, sur sa propre identité. L’acceptation de la différence de l’autre est très problématique : on a peur de ce qu’on ne connaît pas, du « fou », de ce qu’il a dans la tête et des actes qu’il est censé pouvoir commettre. L’idée de ne pas maîtriser ses pensées, ses émotions et ses actes va à l’encontre de toute notre culture et de toute notre éducation.

Ces sentiments entraînent des réactions de rejet, qui enferment le malade et sa famille dans un isolement croissant : éloignement des proches, repli de la famille sur elle-même. Plus ou moins consciemment, le malade et sa famille, pour préserver une vie « normale », cherchent autant que possible à minimiser les problèmes rencontrés aux yeux d’autrui ; ils peuvent tenter de le faire à leurs propres yeux lorsque la réalité ne s’impose pas trop crûment. L’acceptation de la maladie et le recours à une aide extérieure seront repoussés d’autant.

La folie comme fatalité

Les troubles mentaux sont souvent considérés comme une fatalité, touchant certaines personnes alors qu’elle épargne les autres, sans qu’on puisse savoir pourquoi. La folie est ainsi conçue comme une malédiction, irrémédiable et inguérissable, même si les symptômes peuvent s’atténuer par moments.

Les progrès des traitements de certaines affections vont à l’encontre de ces conceptions : un suivi médical précoce et régulier permet de réduire les symptômes et autorise dans certains cas une vie normale.

La responsabilité familiale

L’origine des maladies psychiques est souvent reliée à l’histoire familiale. La « folie » peut être conçue comme d’origine génétique, transmise de génération en génération. Des questionnements se font jour sur tel ou tel ancêtre, tel ou tel parent, qui aurait présenté des troubles plus ou moins similaires. Là encore, une forme de fatalité est mise en avant, pouvant entretenir dans le regard d’autrui une forme de stigmatisation et de responsabilité collective de la famille. Pour celle-ci, ce type de représentation provoque des sentiments de culpabilité, de honte, entraînant le repli sur soi, le renoncement à une démarche de soins vue comme inutile et sans espoir.

La responsabilité de la mère est parfois pointée, y compris par elle-même : je ne voulais pas de cet enfant, j’ai dû faire quelque chose pendant ma grossesse, j’ai dû prendre des médicaments nocifs pendant ma grossesse, j’ai été une mauvaise mère…

Les origines des troubles psychiques restent en fait très hypothétiques ; sont évoquées selon les cas des origines génétiques et environnementales (événements survenus durant l’enfance, histoire familiale), qui pourraient se combiner. En tout état de cause, aucune forme de responsabilité ne peut être évoquée. La recherche d’explications n’a elle-même de sens que dans le cadre de certaines formes de prise en charge (psychothérapies).

La dangerosité

Les troubles psychiques restent fréquemment associés à l’apparition de crises irrépressibles de violence envers autrui. L’image de la camisole de force imposée aux malades demeure très présente dans les esprits. La rubrique des faits divers alimente de temps à autre ces peurs en relatant des événements tragiques : c’est souvent sous ce seul angle de l’actualité judiciaire que les troubles psychiques sont abordés par les médias.

Certaines maladies mentales présentent effectivement des symptômes d’impulsivité et d’accès de violence parfois extrêmes. Cette violence est cependant le plus souvent dirigée contre soi-même (auto-mutilations, tentatives de suicide…), parfois envers les membres de la famille. Les schizophrènes, souvent considérés comme prédisposés à des actes violents, peuvent en commettre pendant des phases de délire et d’hallucinations, lorsque la maladie n’est pas correctement prise en charge ; un traitement précoce et bien suivi permet d’éviter la majorité de ces épisodes.

L’enfermement

La conception de la folie comme fatalité irrémédiable et violente entretient l’image traditionnelle de l’asile où les fous restent enfermés à vie. Si aucune amélioration n’est possible, si le fou représente un danger pour la société, la seule solution est sa mise à l’écart définitive. Là encore, cette perspective dissuade d’aller consulter un psychiatre, démarche pouvant être perçue comme le début d’un engrenage aboutissant à un internement définitif.

En réalité, si des périodes d’hospitalisation peuvent être nécessaires en cas de crises aiguës, leur durée sera réduite autant que possible, pour laisser place à une prise en charge médicamenteuse et éventuellement psychologique.

Des aidants ignorés

Par ailleurs, la société et les médias ne proposent quasiment aucune représentation réaliste ni a fortiori valorisante du rôle des familles ayant en charge un malade psychique. Le problème n’est évoqué qu’à l’occasion de fait-divers tragiques, le malade seul étant évoqué, sans référence à son histoire familiale ni à son entourage. Même pour une pathologie plus médiatisée comme la maladie d’Alzheimer, qui touche également à la sphère du psychisme, les difficultés de l’entourage sont peu évoquées. En l’absence de  référence positive, la solitude morale et le fatalisme des aidants s’en trouvent aggravés.

La tâche des différents aidants serait pourtant partiellement facilitée si les médias évoquaient davantage leurs difficultés et les moyens d’y remédier : une image valorisée à travers les efforts qu’ils déploient et les souffrances, notamment psychologiques, qu’ils subissent ; des informations sur l’importance d’une prise en charge précoce des maladies ; les « solutions de répit » permettant aux aidants d’améliorer leur qualité de vie en allégeant leur tâche, tout en rendant leurs efforts plus efficaces.

pixel vide
pixel vide