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Mémoire et sentiments (conférence)

Article rédigé d’après la conférence présentée à l’Irips le 19 février 2009 par Marie-Christine Haman, psychologue spécialisée en neuropsychologie.

Un mécanisme complexe

Le processus de mémorisation fait intervenir différentes zones du cerveau, machinerie complexe qui fonctionne grâce à des cellules spécialisées, les neurones. Il en contient plus de 100 milliards, chacun d’entre eux communiquant grâce à ses prolongements avec 10 000 neurones de son voisinage. Le cerveau humain se révèle ainsi beaucoup plus efficace que le plus puissant des ordinateurs.

Dès l’âge de 20 ans, nous perdons environ 100 000 neurones par jour, quasiment sans possibilité de renouvellement (sauf peut-être dans certaines zones très localisées du cerveau). En revanche, les multiples liaisons déjà créées entre les neurones permettant de pallier la disparition des neurones due au vieillissement, par l’utilisation d’autres circuits. De plus, de nouvelles liaisons peuvent toujours être créées : c’est ce que l’on appelle la « plasticité cérébrale », phénomène découvert il y a une quinzaine d’années. Faire travailler sa mémoire est ainsi utile à tout âge…

Des fonctions multiples

La mémoire intervient dans tous les aspects de notre existence :
• la construction et la continuité de notre identité : elle est présente à toutes les étapes de notre vie, depuis les actes les plus élémentaires jusqu’aux activités les plus sophistiquées ;
• elle est indispensable à nos activités cognitives (apprentissage de connaissances ou de savoir-faire) ;
• elle intervient dans notre vie émotionnelle par la remémoration de souvenirs associés à des sentiments positifs ou négatifs ;
• elle permet l’intégration de l’individu à la vie sociale, grâce aux connaissances et aux valeurs partagées par une collectivité.

Les différents types de mémoire

On cite couramment différents types de mémoire : visuelle, auditive, olfactive, gustative, tactile, mémoire des visages, des noms, etc. La recherche scientifique distingue la mémoire à court terme et la mémoire à long terme.

La mémoire à court terme ne subsiste pas au-delà de deux jours. Elle comprend la mémoire immédiate (par exemple la mémorisation d’un code numérique) et la mémoire de travail, qui fait intervenir des capacités de raisonnement (par exemple la restitution d’un code numérique inversé). Le vieillissement affecte légèrement les performances de ce type de mémoire. Dans la maladie d’Alzheimer, elle est touchée dès le début de la maladie.

La mémoire à long terme permet de mémoriser des connaissances ou des savoir-faire sur de très longues périodes. On distingue :
• la mémoire sémantique : elle concerne les connaissances culturelles sur le monde partagées par une même collectivité (par exemple, les connaissances sur la ville de Rome et son histoire) ;
• la mémoire épisodique : elle concerne les informations spécifiques mémorisées par un individu lors de sa propre histoire (par exemple, les souvenirs d’un voyage à Rome) ; ce type de mémoire peut évoluer avec le temps, les souvenirs étant modifiés par l’évolution de la personnalité et le contexte ;
• la mémoire procédurale : c’est la mémoire de la manière de réaliser des tâches plus ou moins complexes (conduire une voiture, faire du vélo…) ; utilisée de façon réflexe, sans avoir à réfléchir, c’est une forme de mémoire très solide, qui résiste bien au temps, dans toutes les tranches d’âge.

Le rôle des sentiments

Les sentiments (émotions) correspondent également à des phénomènes complexes au sein du cerveau. Sous une forme primitive, ils sont déjà présents chez les animaux. Ils ont comme fonction première de protéger l’organisme : le sentiment de peur provoque une réaction de fuite qui permet (dans certains cas…) d’échapper au danger ; les sentiments liés à l’attachement permettent une meilleure protection des jeunes animaux par leurs parents.

Chez l’homme, les sentiments sont très diversifiés et jouent un grand rôle dans la vie individuelle et collective : joie, tristesse, colère, perplexité, etc. Le fonctionnement de la mémoire dépend du fonctionnement du système émotionnel, dès l’enfance et tout au long de la vie : la charge émotionnelle attachée à une information influence la manière dont elle est mémorisée à court et à long terme ; l’état émotionnel général a également un impact sur la faculté de mémorisation et sur le rappel des souvenirs.

La charge émotionnelle des informations

Une image possédant une charge émotionnelle (positive ou négative) est mieux retenue qu’une image neutre. Comme chacun d’entre nous a pu l’expérimenter, ce qui nous touche (affectivement) est mieux mémorisé que ce qui nous est indifférent.

Parmi les éléments chargés émotionnellement, ceux qui sont associés à une émotion positive seront mieux retenus que ceux qui sont perçus négativement. Ce phénomène serait une forme de « protection » mentale, le négatif étant en quelque sorte écarté pour privilégier le positif. Un mécanisme similaire expliquerait qu’au fil du temps les informations négatives auraient tendance à être progressivement oubliées.

Le contexte émotionnel de l’apprentissage est également crucial, comme nous le rappellent nos souvenirs scolaires ou universitaires : nous retenons beaucoup mieux les connaissances si la matière nous intéresse et si le professeur a un comportement encourageant et gratifiant que si la matière nous ennuie ou que le professeur se livre à des moqueries ou à des remontrances systématiques… La motivation et le plaisir sont ainsi des facteurs favorisant considérablement la mémorisation, que ce soit dans un contexte scolaire ou dans le cadre de loisirs ou de hobbies personnels.

Cependant, les informations à charge émotionnelle négative très intense, par leur caractère traumatisant, seront elles aussi mémorisées très durablement. Les évènements cruciaux de l’existence (deuil, séparation, accident, voire simple chute) ont ainsi un impact durable sur notre vécu.

Ce phénomène peut également être exploité intentionnellement pour faire passer des messages forts, par l’utilisation d’images à fort impact. Les campagnes de la sécurité routière ou les stages à destination des conducteurs aux comportements dangereux font ainsi appel à des images ou des témoignages « choc », afin de modifier durablement les pratiques. De même, certains messages concernant la santé (tabagisme, alcoolisme) seront délibérément traumatisants afin d’alerter le public sur les dangers de certaines conduites.

L’impact de l’état émotionnel

Notre état émotionnel général, notre humeur, jouent également un rôle très important : dans certaines situations liées à des difficultés psychologiques, les mécanismes de mémorisation sont inhibés. Dans certains cas, il ne s’agira que d’une impression subjective de ne pas réussir à mémoriser, même si les informations sont bien stockées. Souvent, le manque de concentration dû aux problèmes émotionnels perturbe le fonctionnement de la mémoire, se combinant avec la baisse normale de l’attention après 60 ans. La capacité à se remémorer des connaissances ou des informations peut également être touchée.

Parmi les contextes émotionnels influant sur la mémoire, on peut citer :
• une humeur négative, un état déprimé ou dépressif, causé par un deuil, la solitude, un passage à la retraite vécu douloureusement ;
• un choc émotionnel (deuil, rupture, accident…) ;
• le stress : il provoque notamment des « trous de mémoire » (oubli d’un mot, d’un nom, de ce qu’on est venu faire dans une pièce…), oublis généralement passagers, comparables à la perte de moyens d’un élève envoyé au tableau ou passant l’oral d’un examen ;
• l’émotivité, qui produit des effets comparables à ceux du stress ;
• des variations brutales d’humeur, perturbant la mémorisation.

L’absence de motivation et de plaisir dans ce contexte sont également un frein à la mémorisation, comme nous l’avons déjà signalé.

Une bonne hygiène de vie… et du plaisir !

Un bon équilibre de vie et un état psychologique satisfaisant favorisent donc sensiblement la préservation et le renforcement d’une bonne mémoire. Tout comportement ou activité améliorant le bien-être et la stabilité de l’humeur aura un impact positif.

On veillera en particulier à son sommeil, en pratiquant une activité physique régulière (marche, ménage, jardinage, gymnastique douce), en évitant les excitants (café, thé, tabac) après 17 heures, en prenant un repas pas trop copieux le soir, en évitant les stimulations intellectuelles avant le coucher (télévision, Internet, lecture), en adoptant des horaires réguliers de coucher et de lever.

Une alimentation équilibrée (voir notre dossier) favorisera également le bien-être général. Sa variété (sucres lents, fruits et légumes, poissons, huiles végétales d’olive et de colza) permettra d’apporter l’énergie nécessaire au fonctionnement du cerveau et d’éviter les carences ; elle s’avérera bien plus efficace que des compléments alimentaires chers et inutiles. Les risques cardio-vasculaires, avec leurs éventuels effets sur la mémoire, seront réduits grâce à la limitation des graisses animales (beurre, crème, viande rouge, charcuterie) et au maintien d’un poids raisonnable.

Des activités physiques modérées (marche, ménage, jardinage, gymnastique douce) ont un impact bénéfique sur le moral, permettent d’atténuer les soucis du quotidien et améliorent par ailleurs le fonctionnement du cerveau.

Des activités de loisirs variées, en fonction de vos goûts et de vos possibilités, et des contacts sociaux réguliers (famille, amis, voisins, clubs, associations…) sont indispensables à un bon équilibre psychologique.

Les activités intellectuelles seront aussi diversifiées que possible : suivi de l’actualité, lecture, sorties au cinéma, au théâtre, concerts, conférences, écoute de musique, émissions télévisées, hobbies personnels. Elles se feront sur le mode du plaisir, sans s’imposer de contraintes. Une bonne concentration (ne pas faire plusieurs choses à la fois) permettra d’améliorer les performances de sa mémoire. On évitera de se focaliser sur une supposée perte de mémoire : on ne peut tout retenir, et l’oubli fait partie intégrante du fonctionnement de notre mémoire.
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Lors d’un bilan de prévention, en présence d’une « plainte mémoire » forte, une évaluation de l’état psychologique de la personne sera réalisée en complément des tests mémoire à proprement parler. La plainte correspond généralement à des oublis dits « bénins », liés au vieillissement et aux facteurs affectifs abordés dans cette rubrique.
Les tests mémoire permettent de détecter de réels problèmes de mémoire, qui peuvent être dus à différentes causes : prise de médicaments (anxiolytiques, somnifères…), problèmes vasculaires, maladie d’Alzheimer.
Consultez nos dossiers La mémoire et Entretenir sa mémoire.